Les seins

Les modes, les époques, le concept de femme, son rôle ainsi que l’utilisation de son corps changent, mais quelles que soient les implications, la représentation d’un sein nu ne semble connaître aucune crise.

Les sculpteurs et les peintres de tous les temps ont déconstruit leurs rêves, leurs folies, leurs obsessions et leurs jeux d’esprit fantastiques dans les représentations de femmes aux seins nus. Ainsi la recherche du sens le plus caché de la valeur du sein, a été de temps en temps un symbole de la joie de vivre, de l’exaltation même de l’amour, un attribut chaste, sensuel ou interdit qui a accompagné toute l’Histoire de l’Art depuis la nuit des temps. Cela suffit à confirmer que l’attention que les femmes portent aujourd’hui à cette partie du corps, avec sa dégénérescence, est bien une conséquence de notre époque et d’une culture basée sur l’image, mais elle n’est pas née avec l’ère moderne. Tout comme il est évident que les bonnes proportions du corps féminin ont changé et déformé leurs canons des centaines de fois.

Au fil des siècles, le sein a été généreux, proéminent au point d’être exaspéré comme dans la Vénus préhistorique, symbole de la fertilité de la terre mère, garant du renouvellement du cycle de la vie ; il a été amputé par les Amazones pour faciliter l’utilisation de l’arc (d’où l’étymologie du nom « amazone », sans sein). Mais si jusqu’à présent rien n’était accordé à la beauté en tant que concept esthétique, on trouve ici des images de femmes de haut rang qui portaient une sorte de corset qui resserrait la silhouette afin d’élever et d’accentuer la sensualité de leurs seins nus. Le tout assaisonné de corps élancés et gracieux aux formes très proches de celles des dernières années. Harmonie et proportion seront les caractéristiques particulières des formes féminines de la Grèce classique, Junon comme celles des matrones à l’époque romaine.

Le moyen âge et le corps féminin

Avec le début du Moyen Age et la diffusion de la culture chrétienne, l’obligation s’est imposée de ne pas représenter sans voile le sein, lieu du péché, et encore moins de le mettre en valeur.

Les seins chastes, les seins plats, toujours couverts de grands vêtements, étaient ceux de l’art sacré du XIVe et du début du XVe siècle. Ce n’est que vers la fin du siècle que la poitrine reprendra le sceptre de l’organe sexuel qui est le dépositaire de la féminité et se révélera à nouveau et sera séduisante. Au XVIe siècle, le sein devient le lieu de la grâce, la beauté revient en proportion et les femmes, tant humaines que divines, apparaissent toutes dotées d’un sein simple, libre, jamais grand ni petit, un deuxième tiers que nous dirions aujourd’hui : blanc, franc, presque libre de la pudeur de l’organe sexuel, que l’on peut facilement montrer avec des mamelons petits et roses dont on vient de parler parfois. Ainsi, de Giorgione au Titien, en passant par Léonard, Michel-Ange, Botticelli sans oublier Raphaël et Bronzino, le sein apparaît presque dénué de sexualité, et encore moins d’érotisme.

Le XVIIe siècle, au contraire, est un siècle de passions débridées, qui trouvent dans un sein opulent et éclatant un catalyseur d’émotions, les plus diverses de la haine à l’amour, de la récompense à la punition : des seins imposants et statues des femmes de Rubens au réalisme tragique des sujets féminins représentés par Caravage, des seins séduisants de Gentileschi à la nudité chargée d’introspection des femmes dépeintes par Rembrandt. Le Bernin a également contribué à enflammer la chair de la vie, fixant cette fois dans le marbre l’exaltation des vertus physiques de la femme : un érotisme sensuel enveloppe le groupe sculptural excité d’Apollon et de Daphné.

Au XVIIIe siècle, le siècle des Lumières, l’anatomie aspire à la perfection et le corps féminin est idéalisé, le modèle est à nouveau le canon gréco-romain, l’érotisme et la provocation prennent alors les traits d’une féminité immature et adolescente. C’est le siècle de Madame de Pompadour qui aurait théorisé la taille idéale du sein : celui qui entre dans une coupe de champagne ou dans la main de l’homme qui doit le caresser.

La Maya Desnuda del Goya est une jeune fille fière de ses formes prospères, si semblables à un sein « refait » de notre époque.

 

La fin du XIXe siècle nous donnera une femme encore pleine d’érotisme, un érotisme plus gracieux cette fois-ci mais peut-être encore plus sensuel. Après la Seconde Guerre mondiale, l’idéal d’une femme baroque aux formes prosaïques revient, c’est l’ère des pin-up sensuelles dans le corps mais avec un visage d’enfant.

Et aujourd’hui ? Y a-t-il un canon aujourd’hui ? En fait, beaucoup dépend de l’environnement de référence : pour les mannequins, avoir une petite poitrine est une prérogative infaillible, à la télévision, il est plutôt courant de voir des filles au corps svelte et élancé mais à la poitrine généreuse, les femmes « ordinaires » la veulent de plus en plus ni trop grande ni trop petite : c’est ce qu’on appelle la troisième taille. Qu’il soit petit ou grand, l’exigence fondamentale est qu’il reste debout tout seul. Il est donc important de le garder jeune en utilisant les bons produits pour l’hydratation quotidienne et la pratique du sport (le pilates et la natation sont les plus adaptés).

Ce qui est certain, c’est qu’au-delà des tendances, elle a toujours été la partie du corps la plus importante pour une femme et la plus admirée par les hommes.
Le sein reste le lieu où chaque homme aspire à s’arrêter et à se reposer : qu’il s’agisse d’un gros sein charnu ou d’un petit sein en forme de goutte ou de poire, le plus haut symbole de la féminité ne cessera jamais d’être le plus grand plaisir de l’esprit de l’homme.